Comment les boutiques M&A
se sont-elles adaptées en 2020

Il n’y a pas si longtemps, le paysage des acteurs en conseil d’opérations de fusions & acquisitions sur le sol français était assez clair. On y trouvait les banques d’affaires intégrées aux grands groupes bancaires traditionnels d’une part et quelques « pure players », dites « boutiques » d’une autre, principalement les maisons Rothschild et Lazard.

Du côté des banques d’affaires intégrées, on s’appuie sur la base de clients gigantesque du groupe, assumée grâce à une couverture géographique bien ancrée et à des effectifs conséquents. Aussi, leur approche multi-métiers « one stop shop » demeure un atout incontestable pour gagner des parts de marché.

Chez les boutiques indépendantes, on promet aux actionnaires, désirant céder ou racheter des actifs, objectivité et discrétion quant au conseil prodigué. A contrario, un risque de conflit d’intérêts est parfois craint au sein des banques d’affaires intégrées.

En effet, l’inquiétude des actionnaires réside dans le fait que les banques traditionnelles utilisent leurs propres bilans pour leurs activités de financement et de marché. C’est l’essence même de leur business model auquel s’ajoutent les commissions obtenues lors des activités de conseil, notamment en fusions & acquisitions. Si l’étanchéité entre les activités de marché et de conseil quant à la divulgation d’information est régie par le virtuel « Chinese Wall », des doutes persistent quant à l’objectivité du conseil en fusions & acquisitions lorsque la banque participe également au financement de cette même opération.

L’essor des boutiques en France

La faillite des banques en 2008 n’a pas arrangé les choses. En effet, le durcissement des réglementations – passage du dispositif de Bâle II à Bâle III fin 2010 – a obligé les banques à limiter leur financement dans certaines classes d’actifs risqués pour soigner leurs ratios de solvabilité (notamment le ratio CET1).

Ce phénomène a vu beaucoup de banquiers stars, issus des banques d’affaires intégrées, rejoindre voire créer, ces boutiques indépendantes. Outre la captation de clients à la recherche de discrétion et d’indépendance, choisir une aventure entrepreneuriale présente plusieurs atouts sur un plan personnel pour ces banquiers : imprégner sa propre culture en interne, gagner en flexibilité avec des prises de décisions plus rapides mais aussi aspirer à des bonus plus élevés lorsque les résultats sont au rendez-vous.

Avant la crise financière, les boutiques pesaient moins d'un tiers du marché du conseil en fusions & acquisitions en Europe. Fin 2017, elles avaient déjà quasiment rattrapé leur retard sur les banques d’affaires intégrées (Les Echos, le 23 octobre 2017, selon les statistiques de Thomson Reuters).

Aujourd’hui, la multiplication de ces boutiques, auxquelles s’ajoute le débarquement de nombreuses entités américaines sur le sol français, ont placé le marché des fusions & acquisitions de l’hexagone sous une haute tension concurrentielle, obligeant les boutiques à se différencier par leur positionnement.

Comment certaines boutiques se sont montrées particulièrement compétitives par le biais de leur ADN durant la crise sanitaire?

Les axes de différenciation sont multiples : par taille de deals, par secteur ou encore via une diversification des services liés aux transactions. Toute part de marché est bonne à prendre. Par ailleurs, les boutiques se distinguent aussi par une culture interne qui leur est propre. Chaque boutique développe donc son propre ADN même si elles ont toutes un point commun : leur capacité à se montrer agile. Chose qui a pu s’avérer utile pour certains acteurs lors de la crise sanitaire.

Ce fût le cas d’Alantra, qui a su miser sur une grande adaptabilité durant la crise sanitaire, véhiculée par sa culture interne et tirant profit de son approche multi-métiers.

Ici la culture internationale est bien ancrée puisque les bureaux internationaux sont tous des filiales de la holding cotée et travaillent donc pour le même compte de résultat. Par conséquent, les performances sont calculées globalement et par pays.

« Les interactions entre les banquiers des différents bureaux internationaux sont ainsi encouragées et récompensées » affirme David Kieffer, Vice President M&A au sein du bureau de Paris.

L’équipe française a ainsi mené au closing dix transactions cross-border cette année, en s’appuyant sur ses bureaux internationaux.

La prise d’initiative est elle aussi récompensée chez Alantra.

« Un membre de l’équipe a proposé de s’intéresser au monde du jeu vidéo, (un des secteurs qui n’a pas souffert de la crise sanitaire). Nous lui avons donné les ressources et l’autonomie pour « sourcer » des deals. Ce fût un succès et il a très vite été rejoint par des collaborateurs seniors afin de développer ce type de projets » nous dévoile David Kieffer.

A ce propos, Alantra a récemment conseillé les deux fondateurs américains de Saber Interactive, développeur indépendant leader de jeux vidéo pour PC, consoles et mobiles, dans la vente du Groupe au suédois Embracer Group pour 525 millions de dollars. Opération encore une fois cross-border et menée conjointement par les équipes de Paris et de San Francisco.

Si le bureau de Paris d’Alantra a su se montrer flexible pour embrasser les secteurs en vogue - six closings dans le secteur de la santé et sept dans les nouvelles technologies cette année -, la boutique indépendante internationale a aussi été capable de s’adapter en termes de métiers.

« Quand beaucoup de deals ont été mis en suspens durant le premier confinement, nous n’avons pas laissé tomber nos clients, que ce soit en les accompagnant dans leurs besoins de financement ou en les initiant aux OPA (offres publiques d’achat). La bourse elle, ne s’arrête pas pendant la crise » affirme David Kieffer.

En effet, la chute des cours a indéniablement ouvert l’appétit de certains fonds d’investissements, auparavant peu habitués à investir dans des actifs côtés.

Déjà prêt une croissance post-Covid

Le bureau de Paris de Bryan Garnier a quant à lui confirmé son rôle d’expert dans le domaine de la santé, secteur particulièrement actif durant la crise sanitaire.

La boutique, qui réalise une très large majorité de son activité dans les secteurs de la santé et des nouvelles technologies, assume complètement son positionnement sectoriel. Cette année, le bureau français a notamment conseillé la Société Générale dans l’acquisition de Shine (néobanque dédiée aux entrepreneurs) ou encore INNOTHERA (groupe pharmaceutique indépendant) dans l’acquisition de Gibaud (matériel médical).

« Nous recrutons des profils passionnés et experts dans ces domaines. Par exemple, il n’est pas rare de voir des pharmaciens et des docteurs reconvertis en banquiers d’affaires, au sein de notre équipe dédiée à la santé. Quand vous êtes amenés à rencontrer des neurologues ou des patients pour évoquer des sujets médicaux très pointus, ça peut s’avérer très utile pour comprendre les enjeux d’un dossier » lance Romain Ellul, Directeur Investment Banking au sein de l’équipe Santé à Paris.

En capitalisant sur cette maîtrise des secteurs, également soutenue par son pôle Equity Research, Bryan Garnier se place en tant que fournisseur parfaitement légitime pour répondre aux différents besoins de ses clients fidèles.

« Sur plusieurs années, nous sommes capables d’accompagner un client tout au long de son histoire en le conseillant à la fois sur sa Série A, puis de couvrir son IPO (introduction en bourse) et enfin organiser sa sortie de cotation ou bien une transaction M&A. » affirme Romain.

Les bureaux parisiens de Bryan Garnier et d’Alantra ont tous deux réalisé de bons résultats cette année malgré la crise sanitaire mais ils ne sont pas les seuls.

Au fil de ces dix dernières années, la concurrence entre les acteurs du conseil en fusions & acquisitions à Paris s’est accentuée et a encouragé les boutiques à développer leur propre ADN pour se différencier.